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Petite histoire de l’église de BAZINCOURT


 La chapelle construite à Bazincourt, sous le vocable de Saint Denis, par les bénédictins du prieuré de Bézu-le-Long, dépendance de l'abbaye de la Croix Saint-Leufroi, ne fut érigée en l'église paroissiale qu'au XIVe siècle,
vers 1328. Le curé devint alors seul propriétaire des grosses dîmes, mais d'une manière purement fictive, car il dut tenir compte en argent aux religieux des deux tiers de ces redevances. Quant au patronage de la cure, il
passa, nous ne savons comment, au seigneur de Saint-Paër et à l'archevêque de Rouen, qui l'exercèrent alternativement jusqu'à la Révolution.

  L'église de Bazincourt peut être considérée comme une des plus intéressantes du canton de Gisors au point de vue archéologique; elle est aussi la plus ancienne après Saint Martin de Neaufle.

Originairement composée d'une nef et d'un choeur rectangulaire formant retraite, elle présentait un spécimen excellent des plus modestes églises rurales de l'époque romane avant qu'en 1780-1781 l’édifice fût désorienté et
agrandi. On fit alors du choeur une sorte de porche ou d'avant nef, et un prolongement de l'ancienne nef vers l'ouest devint le nouveau choeur.

L'ancien choeur, carré, de très petites dimensions et sans voûte, est revêtu au dehors de grandes arcatures qui encadrent les fenêtres et surmonté d'une corniche de billettes; le chevet, mutilé, présentait trois arcatures égales,
celle du milieu encadrant aussi une fenêtre; à l'intérieur, l'ancien « arc triomphal » est dépourvu de tout ornement. La nef, épaulée de contreforts plats, possédait au nord une porte secondaire pratiquée dans un
épaississement de la muraille. Toute cette construction primitive, en pierre, est remarquable par ses larges joints; elle remonte, en effet, au Xle siècle, mais les deux parties qui la composent ne sont pas contemporaines; la
plus ancienne est faite d'une pierre grisâtre très coquillière qui rappelle un peu le travertin de l'ancien diocèse de Lisieux. Toutes les fenêtres ont été agrandies au XVIIIe siècle; il ne subsiste plus qu'un spécimen bouché des
petites baies primitives, au nord.

Antérieurement à 1780, les dimensions de l'église, dans oeuvre, étaient les suivantes longueur du choeur, 3,95 m; longueur de la nef, 16,80 m; longueur totale, 20,75 m; largeur du choeur, 3,40 m; largeur de la nef 6,70 m.

Au-dessus de l'ancienne nef, voûte en bois du XVIe siècle, avec armoiries sculptées et peintes que nous n'avons pu identifier (la peinture, au moins, en est moderne et de fantaisie; les pièces héraldiques comprennent trois
bandes, chargées, celle du milieu d'une étoile et de six coquilles, les deux autres de plusieurs losanges).

La contretable du maître-autel, en bois peint et doré, fut exécutée en 1760 par Jacques Carbonnier, menuisier à Gisors. Elle encadre un Baptême de Jésus-Christ sur toile peint en 1762 par Charles Jean-Baptiste Duchesne,
de Gisors; mais cet artiste n'a pas fait oeuvre entièrement originale, car les deux personnages principaux reproduisent une peinture de l'école française du XVIIe siècle, aujourd'hui à Saint-Médard de Paris. En 1787-1788,
le même Duchesne sculpta une « exposition » et des trophées d'instruments du culte en bas-relief pour augmenter la contretable; il peignit à la même époque des figures en grisaille sur d'autres panneaux ajoutés latéralement
à cette contretable (la Foi et l'Espérance) et sur le mur du pignon (deux Anges adorateurs). Les vitraux modernes du choeur portent les armoiries de quelques-uns de leurs donateurs (de Briey, Tardieu de Maleyssie, La
grange, Prévost d'Arlincourt). Dans l'une des verrières de la nef ont été figurés les blasons de plusieurs familles qui possédèrent les seigneuries de Bazincourt et de Tierceville (de Manneville, de Trie, Mahaut, de Combes,
de Caqueray, etc.). Dans le choeur, deux statues en pierre du XVe siècle la Vierge à l'Enfant et saint Denis portant sa tête mitrée.

Au bas de la nef et dans l'ancien choeur, des inscriptions rappellent diverses fondations faites, savoir en 1676, à l'intention de «feu Me Noël Clergeot, prebstre, vicaire de cette paroisse; » — en 1687, pour François
Boutefort, «laboureur à Basincourt », et Marie Dubos, sa femme; — (en 1693), pour Guillaume Galais, « habitant de cette paroisse », et Marie Gobert, sa femme (une partie du texte, notamment la date, est cachée par un
confessionnal); — à la fin du XVII e siècle (la date est effacée), par « Mire Jean Boutefort, prebstre, curé de cette paroisse » tant pour lui que pour Pierre Boutefort, son frère, Françoise Arnouil et « Mire Jacques Chabot,
prebstre. » La plupart de ces inscriptions ont été malencontreusement recouvertes de badigeon. — Au dossier du banc d'oeuvre, inscription en marbre blanc « D.O.M. Donateurs des verrières du choeur. MM. le comte
Edouard de Briey, le comte Joseph (lisez Frédéric) de Lagrange, Antoine Passy, Pierre Prudhomme, le marquis de Maleyssie (sic), Jules d'Arlincourt.

« Bienfaiteurs de l'église. Dame Vve Fortier d'Evreux, MM. François Pigeard, Amédée Caffin, Anatole Biquelle; Mre Gosse, doyen de Rugles; famille Letaillandier de Rouen; Mre Bohéroult, curé de Bazincourt. »

Trois cloches. La moyenne (diamètre 0,90 m) porte cette inscription « L'an 1768 iay été bénite par Mre P. Pelletier, curé de ce lieu, et nommée Marguerite par Mre Bernard Louis Mathurin Grout, cher, seigneur patron de
Saint Paër et de Sancourt et Basincourt, haut justicier de Vaudancourt, et de Marguerite Racinne, son épouse. Adrien Descampaux, marguiller. » Cette cloche porte la marque du fondeur « P. Charles Morel » aîné. — La
grosse et la petite, oeuvre de « L. Maire, fondeur, » ont été bénites en 1838, M. Pierre Frédéric Lemeilleur étant curé, et nommées, savoir la grosse par « Mr Pierre Jacques Toussaint Letaillandier, ancien négociant à
Rouen, frère de Mr Letaillandier, décédé curé de ce dit lieu, »  et par « dame Marie Olympe Lecousturier d'Armenouville, épouse de Mr le baron de Montreuil; » la petite, par « Mr Joseph Eugène Lebrun, adjoint, » et par
« dame Marie Augustine Bompart, épouse de Mr Tedore (sic) Allan, propriétaire à Gisors. »

 Dans l'ancienne sacristie, accolée à l'ancien choeur du côté nord, et remplacée en 1782 par une nouvelle sacristie élevée au sud de l'église, on transféra en 1790 l'école des garçons; depuis 1848, ce local servait
exclusivement de mairie jusqu'en 1985.
 

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